L’accès à la terre était déjà un défi il y a plusieurs années. Ma mère avait un terrain résidentiel de 4000 m2, donc 40 000 pieds carrés, et elle a décidé de l’optimiser pour la production alimentaire.
En 2019, pour l’écriture du livre Le jardin vivrier, j’ai calculé le pourcentage d’autosuffisance de ma mère sur son terrain. Donc j’ai compilé sur un an toutes les factures d’alimentation que j’ai comparées au prix d’épicerie moyen canadien d’une famille de 4 personnes. Ensuite, sur un calendrier, on a noté à chaque repas le nombre de personnes à table, et les résultats du calcul sont : pour une moyenne de 5,1 adultes à table, j’arrivais à 40 % du prix du panier d’épicerie moyen. Ce qui donne, du point de vue financier, une autonomie, une autosuffisance de 60 % en 2019. Depuis, le panier d’épicerie a augmenté de prix, et notre autosuffisance a continué d’augmenter aussi, ce qui fait qu’aujourd’hui, j’estime le pourcentage d’autosuffisance ici à 70 % pour 5 adultes sur toute l’année, 3 repas par jour, pour un terrain de 4000 m2, 40 000 pieds carrés.
Ça, ça comprend 100 % des fruits et légumes depuis maintes années. On achète encore un peu de pommes parce que les pommiers ne produisent pas encore suffisamment, ils sont encore trop jeunes. Mais sinon, on n’achète aucun fruit et légumes à l’épicerie depuis maintes années. Ensuite, ça comprend environ 60 % des protéines, puisque basé sur une alimentation majoritairement végétarienne, ça permet de cultiver au potager les protéines végétales. Et puis, une petite partie des féculents, c’est-à-dire toutes les pommes de terre et quelques rangs de céréales expérimentales, mais rien pour produire des céréales pour toute l’année. Ce qui fait que ce qui n’est pas produit dans le jardin, qu’on doit encore acheter, c’est les céréales en grande quantité. Pour, par exemple, faire le pain pour toute l’année, du riz, quinoa, millet, etc., tout ce qui est les féculents plus, type céréales, et les huiles, les oléagineux (oléagineuses ?). Parce que ces deux cultures-là demandent des champs, des grandes cultures, donc plus de place qu’un simple terrain résidentiel. Ça fait que le bilan calorique serait sûrement différent du bilan financier, parce que les céréales et les huiles, c’est ce qui est le plus calorique. Mais le point de vue financier est tout de même très pertinent de savoir qu’on économise 60 à 70% de la facture d’épicerie sur un an.
La question qu’on me pose toujours : quelle main-d’oeuvre pour arriver à ce niveau-là d’autosuffisance ? J’ai calculé environ 1,5 temps plein sur toute l’année. En fait, c’est pas réparti comme ça, parce que les gros moments de « rush », comme on dit, c’est au printemps puis à l’automne. Donc, à ce moment-là, il y a peut-être trois personnes à temps plein. Je dirais mai-juin, septembre-octobre. Tandis que le reste de l’année, c’est beaucoup plus tranquille. Alors, si on ramène ça en comparaison au pourcentage d’agriculteurs dans la population, on sait qu’avant l’industrialisation, on était à 98 % de la population qui vivait de la terre directement, en tant que paysannerie vivrière. Aujourd’hui, on est plutôt au pourcentage inverse, c’est-à-dire 2 % de la population qui est agricultrice, agriculteur. Alors, si on considère 1,5 temps plein pour l’alimentation de 70 % de 5 adultes, alors on peut ramener ça en pourcentage, disons environ peut-être 50 %, 40 à 60 % disons, de la population qui est impliquée directement dans la production alimentaire. Donc, on se trouve à un milieu, un équilibre, un compromis, entre toute la population est obligée de cultiver pour se nourrir et personne ne veut faire ça. Donc, entre les deux, on peut arriver à un équilibre où tout le monde ou la plupart des gens s’investissent dans la production alimentaire, mais ont aussi du temps pour faire d’autres activités. On est peut-être allé trop loin dans l’autre extrême en évacuant complètement l’agriculture vivrière et peut-être que notre monde agroalimentaire d’aujourd’hui pourrait être mieux soutenu par le secteur domestique. En plus, ça découle aussi sur plein d’autres secteurs comme le secteur social, la santé, bien sûr, et l’environnement.
L’autre question, c’est les coûts. Donc, le terrain, la maison et, disons, le poulailler, trois petites remises, un caveau, un four à pain. Donc, disons environ 10 à 20 000 $ pour les annexes. Ça peut facilement rentrer dans le coût global de la maison et du terrain, surtout si on compare à une situation avec garage et piscine. Donc, pas plus cher qu’un terrain résidentiel avec une maison. Je dirais, là où ça exige le plus, c’est au niveau des connaissances théoriques, des compétences manuelles, pratiques, et de l’attitude générale, de la gestion émotionnelle et de la posture énergétique, je dirais, face aux défis que ce mode de vie-là comporte, de vivre avec la nature, avec les saisons, avec les ravageurs, avec les défis aussi du système économique, social. Donc, je dirais que c’est là que se situe le plus gros défi. C’est aussi pour ça que j’offre du mentorat, parce qu’ici on est agriculteurs, paysans vivriers, de génération en génération et je me suis toujours passionnée pour le sujet. Donc, j’ai vécu toute ma vie dans ce projet-là d’autosuffisance, d’autonomie alimentaire et on apprend encore tous les jours tant au niveau technique que théorique qu’humain, social, communautaire… C’est une aventure passionnante et infinie pour ceux qui aiment apprendre et évoluer.
Quand ma mère a décidé d’optimiser son terrain résidentiel pour la production alimentaire, c’était en 2010-2015. Aujourd’hui, on est 10-15 ans plus tard et il reste encore beaucoup de potentiel. Donc, on peut avancer de manière conservatrice que c’est tout à fait possible de générer 70 % d’autosuffisance pour 5 adultes, 3 repas par jour sur toute l’année, sur un terrain résidentiel de 4000 m2.
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